samedi 18 août 2012

Ouzbekistan (5)

Quelques reperes historiques



-2000     Premieres urbanisations / Samarkand

               tribus nomades


-545       Conquete de l Asie centrale par Cyrus II (perse)

               regne des Achemenides


- 330      Conquete de l Asie centrale par Alexandre le grand (grecq)



+ 642     Conquete de l Asie centrale par les arabes



+ 751     Tentative de conquete chinoise



9ieme - 10 ieme siecle    Boukhara, perle de l islam


+ 1220   Conquete de l Asie centrale par Gengis Khan (mongol)

+ 1271   Debut du voyage de Marco Polo (jusqu en Chine)

+ 1370   Debut de la conquete par Tamerlan (regne des Timourides)

+ 1847   Premiere tentative d invasion de l Asie centrale par les russes

+ 1924   Creation des republiques socialistes societiques

+ 1991   Independence

vendredi 17 août 2012

Ouzbekistan (4)

Samarkand (day 2)

Le recit en images de l excursion a Shahrisabz et de la visite du Registan.

Petit Dej royal sur la terrasse du Bed and Breakfast Antica.


En route pour Shahrisabz, a 90 km au sud de Samarkand. La ville natale de Tamerlan se trouve sur la route qui mene a Termiz, aux portes de l Afganistan

Ak Sakai ou palais blanc (16 ieme s), en haut de la tour (30 m)

Escalier dans la tour du palais blanc

Palais blanc, detail

Shahrisabz, le palais Jahondir (14 ieme siecle) et sa coupole conique (pas trop visible a cause de la surexposition)

Way back: le driver roule a fond, double sans visibilite (pas dans ce cas-la mais justement pour ces cas precis je pouvais pas prendre des photos), ecrit des sms en conduisant...

et aussi sur un carnet pour nous expliquer qu il est policier a la retraite.

arret au col de toute l equipee: driver, Eddy, Vero et un marchand local venu se greffer sur la photo non sans intention...

Samarkand, place du Registan: Madrasa Tilla Kari (17 ieme s)
Samarkand, place du Registan: Madrasa Chir Dor (17 ieme s)

Samarkand, place du Registan: Madrasa Oulough Begh (15 ieme s)

Les niches de la coupole dans Tilla Kari

La coupole de Tilla Kari

jeudi 16 août 2012

Ouzbekistan (3)

Samarkand (day 1)


J ai mis les voiles de l hotel 4 etoiles tot. A la station de metro Amir Temur, rebelote: controle du passeport. Deux fois: au portique et sur le quai. Quand on sait que le metro de Tashkent est un abri anti-atomique, on peut comprendre  que ses couloirs soient infestes de policiers.
A la gare de Tashkent, il faut passer les sacs au scanner. Quand je dis au type a la casquette que je suis francaise, il me demande ce que je pense de Sarkozy puis de Francois Hollande. Pas si inconnu que ca le petit hexagone europeen en Asie Centrale.
Je suis dans le train NASSAF. 5 ouzbeks partagent mon compartiment. J entame la conversation avec un type de la vallee de Ferghana, software designer mais ayant etudie la diplomatie. Mais on parle biologie. Dans le pays, il y a nombre d especes endemiques dont les extraits sont utilises dans l industrie pharmaceutique. Il y a aussi 15 varietes de melons et nombre de semences de coton mais la mondialisation tend a encourager l importation de semences OGM et la culture d une seule espece de melon (la plus rentable). Uniformiser, rentabiliser. Finalement il me demande  pourquoi j ai pas pris le train rapide et luxueux... Mon mode de voyage a l air de lui plaire. Il me conseille de changer mes devises au marche noir (effectivement, 50 euros me donneront deux belles liasses au lieu d une liasse et demi au cours normal).
Arrivee a Samarkand, j opte pour le bus pour me rendre au Gour Emir, centre ville. Pourtant tout est ecrit en russe ou en ouzbek et personne ne parle anglais. J apercois un parking en face de la gare et il y a bien un bus n 10. Gour Emir? Da, da. Allez on y va. Je tente de payer mais on me dit de m assoir. Je comprends plus tard qu il faut payer en descendant (500 soums). C est le debut de la vieille ville (du moins, ce qu il en reste). Il n y a pas si longtemps cet endroit regorgeait de maisons anciennes et de Tchaikhanas, les maisons de the ou l on pouvait manger sur le pouce et qui donnaient son essence a la ville. Tout a ete detruit. Imaginez qu on ait rase toute la Medina et la place D jema el Fna de Marrakech pour ne laisser que les grands monuments...
Quand le soleil est bas, je visite le Gour Emir. Il rougeoit dans le soleil couchant. Sur une pelouse, 4 chiens me foncent dessus et croquent le bas de ma robe... Sans courir, je continue a marcher alors qu un type, pas le proprio mais certainement un ange gardien, leur hurle dessus pour les faire fuir. Sgloup...
Le Gour Emir, c est le mausolee de Tamerlan, alias Amir Temur le heros de la nation qui a remplace Lenine a l independance en 1991. Il date du 15 ieme s. Photos ci apres...




Dans le train NASSAF, direction Samarkand

Le Gour Emir et sa coupole cannelee

Gour Emir, minaret

Sur les traces d Ella Maillard

sourires ouzbeks

l arche doree du Gour Emir

mercredi 15 août 2012

Ouzbekistan (2)

Toujours Tashkent

Les premiers jours, je decide de marcher pour decouvrir la ville. Erreur Monumetale. J ai du marcher 10 km au total et rapidemment choppe un coup de chaleur. Tashkent est a l image des cities sovietiques: les avenues ne peuvent se traverser et il faut se tordre le coup pour apercevoir le haut des edifices. J ai rapidement vu la transition entre la ville moderne et la ville ancienne qui part sur Chorsu. Pour decouvrir l Hart Imam (voir les photos du post precedent) qui est carrement excentre, j ai du demande mon chemin. J etais perdue. J ai traverse comme un petit village et puis apres quelques minutes de marche, j ai apercu les coupoles turquoises... le seul monument historique et culturel d une capitale ou il n y a pas de vendeurs de coca cola et autres conneries, pas de bus gares, pas de toilets... L ensemble est entoure de jardins a la pelouse moelleuse et soigneusement tondue que je traverse en utilisant les jets d eau comme brumisateurs. Paradise is here...

piscine municipale (bis)

Dans les jardins de la place Mustakillik

Le musee

Beruniy (973-1048)

Galenus, Ibn Sino (Avicenne), Hippocrate

Avicenne (etait Ouzbek pour la petite histoire)

Coucher de soleil depuis le 15 ieme etage de l hotel
En route pour Samarcande...

Ouzbekistan (1)

Premiers jours a Tashkent

J ai decolle dans un etat de crevaison et de lassitude deplorable. Roue de secours s il vous plait. Cette depression est une maree qui monte doucement dans la journee. En soiree elle culmine et les dernieres heures sont les plus penibles.

Decollage 9h50. Passage entre Kiev et Odessa, Volograd et Groznyi, au dessus de la mer Caspienne. On vole, on va a la rencontre de la nuit.

Arrivee de nuit donc, descente sur le tarmac par 29 degres. La queue pour faire valider les passeports est super lente. Ensuite, il faut remplir le formulaire de declaration des devises. Le formulaire est en russe. Je vais deloger un douanier pour qu il nous en degote en anglais. Ensuite, il faut encore passer les bagages au scanner et puis… c est la sortie dans le monde reel. Je longe la grille qui me separe des ouzbeks venus attendre les voyageurs, a la recherche de la petite pancarte portant mon nom, ignorant les Taxi! Taxi! Qui fusent comme des pouets! Dans les embouteillages. Ouf! Il est la.



Tashkent, ma premiere impression est que c est une ville pour les touristes comme moi: qui n apprecient pas les touristes; il n y a pas de touristes… croise 2-3 dans la journee, guerre plus… passeport s il vous plait…
arrivee de nuit a Tahkent

je loge la, pas tres glamour, j avoue....
le lendemain, je change 50 euros en monnaie locale
piscine municipale

le melon: la richesse nationale




Madrasa Koukeldach (16 ieme s)
interieur de la Madrasa Koukeldach

Ensemble Hast Imam, a droite: Mosquee Tellia Cheikh (19 ieme s)

ensemble Hart Imam, Madrasa Barak Khan (16 ieme s.)
Tamerlan (ou Amir Temur) le heros national
jet lagee...

dimanche 5 octobre 2008

SOUS LE SOLEIL DE SA TANTE

synopsis
Nous sommes rendues dans dans l’est pour tenter de délivrer la secrétaire russe du consulat soviétique. En échange elle devait nous remettre un magnétophone secret contenant des informations sur le réseau d’espionage russe.
Nous avons été suivies par un espion qui tentera de m’assassiner et de faire boire un somnifère à Emmatiana. Notre quide sera assomé à ma place.
Nous nous sommes échappés en sautant du train en marche et avons pris quelques jours de repos à Venise.
Agneska et Emmatiana


...
Evidemment, cela ne s’est pas passé comme ça.
...

Pour emma, ce fut le grand saut:

Son premier voyage de “backpacker”



- Tu veux faire quoi plus tard?
- Je veux être peintre ou écrivain
- ...
- Ou les deux
- Tu veux peindre des trucs qu’on comprend pas?
- Non, justement, des trucs que chacun puisse comprendre à sa manière






- Ce serait bien une ville complètement sous l’eau. On entre avec une petite navette, et puis voilà.
- Et pour respirer, on ferait comment?
- Ben y’aurait de l’air à l’intérieur et puis des arbres pour assurer le renouvellement de l’oxygène.
- Tu crois que ce serait possible une ville comme ça?
- Dans le futur. Ce serait bien.



Samedi. Venise

Après la visite de la galerie dell Accademia, Emma nous dessine la version manga du Christ sur la croix.

“Avec les clous plantés dans le milieu de la main, il pouvait certainement plus bouger les doigts”.


Au restaurant, Emma est d'une grande compagnie pour faire la conversation.


Lundi. Transit à Trieste

Nous avons quitté venise sur les coups de 9 heures. Par le train, la lagune nous salutait de ses eaux pétrole. Emma s’est tout de suite plongée dans les schtroumpfs et moi dans le guide.
Arrêt à Trieste où, après avoir acheté nos billets de bus pour Ljubljana, nous avons marché en direction des quais avec nos sacs sur le dos.
Pause déjeuné à l’isola del tesoro (l’île au trésor) où je parcous les nouvelles dans Il Corriere della Sera. Les chinois finissent premier des JO, les américains second. En troisième position arrivent les russes. L’Espagne enterre ses morts du crash aérien: un Mc Donnel Douglas de la compagnie Spanair est allé au tapis à Barajas. Le pays revit un état de choc similaire à celui posterieur aux attentas terrorristes.

Après le repas, à la demande d’Emma, nous nous assoyons quelques instants sur les quais pou contempler le temps qui passe. Trieste évoque pour moi le film de Winterbotton “In this world”. Lorsque les deux afghans débarquent du cargo arrivant à Trieste, 48 heures après le départ d’Istanbul reclus dans un container, l’un est mort, comme le reste des clandestins, l’autre rejoindra Paris par le train, puis le camp de la Croix-Rouge de Sangatte, puis Londres couché sur le chassis entre les roues d’un 36 tonnes.

A 14 heures, cap sur la Slovénie. Les paysages me rappellent la Suisse. Emma récite les chiffres en slovène sous l’approbation d’une dame assise deux sièges plus bas. Petits villages avec clocheton émergent des feuillages et des forêts. Balcons fleuris. Vers 17h nous entrons dans la capitale.
Très aérée, bicyclettes dans tous les sens. Depuis la gare routière, nous descendons en roue libre dans le centre ville qui nous accueille chaleureusement. Piétons, rivière, saules dont les branches baignent dans les eaux de la ljubljanica river, terrasses par milliers où touristes et autochtones prennent le pot du soir.

Nous arrivons dans l’auberge de jeunesse pour le check in et découvrons une chambre d’ambiance 80’s. Grand dessin à la bombe sur le mur frontal. Table avec toile cirée, édredon rose, moquette au sol.

Le temps est à la flanerie après l’installation. Emma mange du mais grillé et j’envoie des sms dans toute l’Europe.


Mercredi. Bled

Pas un Bled mais Bled, la ville au nord de la Slovenie. Arrivée par le bus de 10h depuis Ljubljana. Traversée des campagnes verdoyantes entourées de montagnes rocheuses dans lesquelles se coulent des sillons de neiges éternelles. Après une heure de route, Bled nous offre son lac et ses eaux émeraudes, l’île avec la petite chapelle, le château perché sur son roc à 100 mètres. Bled, 5000 habitants, nous voici à la campagne après 4 jours de ville intense. Le gérant moustachu et extraordiairement affable nous a conduit à notre chambre à l’étage dans la villa Gorenka. “Not clean yet”. No problem. On pose les sacs et partons à la recherche d’un bon spot pour se baigner dans le lac. Je laisse Emma nager et glisser sur le toboggan et m’affale sur ces chaises longues en bois au ras du sol. C’est le premier jour de détente. Je m’endors. D’un oeil.
Au bout d’un moment, je motive Emma pour la randonnée autour du lac (6 km) avec la promesse d’un cornet de glace avec 750 g de vanille au sommet.

La veille à Ljubljana n’a pas été moins remplie. Visite du château le matin, du marché et de la partie nord de la ville où l’on découvre des cafés hip-hop. Puis main basse sur le muséum d’histoire naturelle qui abrite un squelette de mammouth datant de 20 000 ans. Il s’agit d’une reproduction, les pièces autentiques étant gardées dans les annexes du musée. Emma est deçue de ne pas être en présence des vrais ossements. Le musée me rappelle celui de NYC en moins grandiose. Mais ici nous sommes seules. Dans une cave reconstituée, on découvre un documentaire sur une espèce endémique slovène: la salamandre à la peau blanche ou human fish.

A la tombée de la nuit, nous déambulons sur Presernov Trg où une estrade est montée pour accuellir les athlètes de retour de Pekin. Auparavant une fanfare et ses majorettes donnent une représentation. Dans la foule, Emma s’amuse à me perdre de vue puis y arrive carrément. Montée d’adrénaline. Je la retrouve sur le seuil de l’auberge de jeunesse avec son ballon au poignet. Elle aussi paraît inquiète. C’est rassurant...

Jeudi. Les anges-gardiens

Ils arrivent sans prévenir. Sans frapper. Tout d’un coup ils sont là. Sur notre chemin. On les contourne, on les effleure, on les regarde, on leur parle. Ils nous conseillent, nous proposent, nous questionnent. Ils sont là, nous offrent un cadeau. On les contourne, on leur parle, on s’en va. C’est tout.

Montée jusqu’au château médieval à pieds. On contourne l’église Saint Martin puis direction “grad”. “Mais si, ça veut dire “château””. Emma prend le guide de mes mains et l’ouvre à la page du lexique. On monte. Vue sur l’île, sur le lac, les sommets et les maisons groupées alentour. We are the king of the world.


Descente. Au pieds du château, il y a une troupe de maisons avec balcons fleuris, une pizzeria et à peine deux clients sur la terrasse. Emma prend place et je reste debout pour consulter le menu à l’entrée. Soudain, le serveur est derrière moi et deux feuillets plastifiés arrivent sous mon nez. “Vala”. La moitié du repas nous sera offerte et encore... ça arrondit sur la monnaie rendue. Bien étrange. Il propose de nous emmener ramer sur le lac dans l’après-midi. Bien essayé. Balle envoyée, balle perdue, le jeu est fini.

vendredi 15 août 2008

From Turkey with love

Lundi 7 novembre 2005

Hôtel cinq étoiles quelque part dans les environs d’Antalya. Environs distaux. Quatre vingt kilomètres nous séparent du nouveau terminal aéroportuaire pour lequel nous avons dû payer dix-neuf euros de taxe.

Cocktail de bienvenue - crème à peine alcoolisée rouge, goût grenadine. S.P.A. Piscine. Massage. Hammam. Boule de cristal dans le hall. En toute logique, pas de chiottes à la turque dans les chambres.

Pancarte à la sortie de l’aéroport, suivez, c’est par là, étiquetage des bagages, pointage sur la liste, montée dans le bus. Le guide écrit son nom ainsi que celui du chauffeur directement sur le pare-brise: Kemal et Göckan. Ekel et Jeckel de ce séjour organisé par France Loisir, club eternam des lecteurs sous pression.

A l’autre bout du hall d’entrée de l’hôtel, une porte débouche sur une longue allée menant à la mer. Elle s’étend comme une nappe d’huile dans la clameur à chair rose du soir. La vulgaire piscine à colimaçon côtoie le sable fin de la mer Egée.

21h, lounge rempli d’allemands gueulards imbibés de cocktails dégueulasses. Pour accéder au bar, il faut franchir le jet de fléchettes, activité purement turque et authentique. Le barman ouvre des yeux tous ronds quand je lui dis que je suis mademoiselle à thirty two. Pour me plonger dans le pays, je me rabats sur le guide dont les pages offrent un panorama rapide: histoire, religion, société, politique, peuple. Le pays a trouvé sa définition dans le mélange. Une phrase qui sonne bien et qui est très appréciée dans les guides.

En France, les banlieues brûlent. Jusqu’ici tout va bien. Dans l’aquarium de la télévision, des flammes lèchent les murs d’une école maternelle. C’est fichu. C’est foutou. Répression ou capitulation face à cette société où les écarts se creusent toujours plus. Jusqu’ici tout va bien.

D’autres couples venus en couple parce que couple oblige s’emmerdent aux tables voisines. C’est rassurant. C’est l’oisiveté post-arrivée-en-pays-etranger. Un verre de bière et l’espoir de trouver la salle Internet, c’est tout ce que je possède pour tuer les heures de cette jeune nuit.

 
Lundi 8 novembre 2005

            Chambre d’hôtel cinq étoiles. Les lumières subaquatiques de la piscine extérieure se sont éteintes alors que je fumais ma dernière clope sur le balcon. Le bar est d’un ennui mortel. Je pense avec nostalgie à la toile de tente, le chiringuito que nous avons découvert près des Escullos dans le parc naturel de Cabo de Gata cet été. Quel lieu enchanteur… Regarder la nuit qui s’épaissit depuis nos petites chaises en bois parlant de notre futur qui jamais n’existera. Mais bref, passons. Porte close. Devant s’élève ce circuit en tour opérateur dans le sud de la Turquie.
            Ce matin, le bus a ronflé vers 10h. Nous sommes partis en direction de la mosquée du village voisin (Manavgat), une réplique de la grande mosquée d’Istanbul. Beauté extérieure se découpant dans le ciel avec la chaîne des Monts Taurus en toile de fond. A l’intérieur notre guide nous fait un exposé détaillé: le protocole de la prière, l’historique des tulipes sur les faïences, des tapis synthétiques, l’orientation des lieux de culte. Des fragments d’histoire. Moustafa en est le gardien. Il nous prie toutes de nous couvrir la tête puis reprend activement le bras de son aspirateur. Il travaille d’arrache pied au dépoussiérage des dizaines de mètres carrés de cette grande maison. Les écritures sont en perse sur les murs. Plusieurs médaillons évoquent l’ésotérisme et la science cabalistique. Au sortir de la mosquée, un supermarché me sauve en me vendant une pile adaptée à Canon. Je vais pouvoir commencer à mitrailler.
            Le tronçon qui nous sépare du caravan sérail offre à Gökhan le temps de nous initier à la route de la soie, les caravaniers d’épices. Un documentaire oral bien plus riche que le lieu lui-même converti en attrape-touristes de la pire espèce. Il faut tout acheter et payer pour se faire prendre en photo avec le chameau. C’est insupportable.
            Quatre routes seulement relient l’Anatolie à la Méditerranée à cause de la chaîne de montagne (née en même temps que les Alpes) qui barre le chemin d’est en ouest. Cet accès difficile a permis aux habitants de la côte d’échapper aux diverses invasions. J’achète des cartes, 12 pour un euro. Un pris certainement exorbitant. Pas grand chose à photographier (surtout pas le chameau!). Nous partons vers Alanya, ville touristique à son apogée. C’est la Alicante turque avec ses barres d’immeubles (moins hautes toutefois) qui ont poussé comme des champignons. Sur le toit s’alignent les citernes et les panneaux solaires (la cause étant que les trucs qui étaient antérieurement des nomades se souciaient peu de l’esthétique extérieure de leur maison). [j’entends le voisin ronfler dans la chambre voisine mais bon… ils nous ont changé l’abat-jour et filer deux boîtes de loukoums alors y’a pas de quoi se plaindre]. Sur le promontoire rocheux d’Alanya s’étale la grande bleue. Plus bleue que bleue sous le soleil à son zénith. Eve marchande des taies d’oreiller avec la commerçante. Je l’incite à payer en lires turques au lieu de refiler ses euros. La bouffe dans le restau ressemble à un banquet pour touristes. Des personnes du 64 sont à notre table. Les gens cherche des congénères. Un principe humain.
            L’après-midi est moins intéressante: retrait de cash, achat d’eau, de champoo, court lèche-vitrine dans Alanya, dégustation de bananes sur le bord de la route alors que le soleil rosit, tombe dans l’eau et qu’un bus s’engage en sens contraire sur la quatre voies qui nous ramène à l’hôtel. Gökhan me refourgue ses bananes en descendant du bus et nous voilà avec un régiment étalé à côté de la télé, le pinard d’Iznir (étiqueté France-Loisir) et les boîtes de loukoums.


Mercredi 9 novembre 2005

Journée sur le fleuve qui traverse la ville de Manavga. Sur un bateau de pirates, le troupeau dont je fais partie embarque après un détour aux chutes. Dans un bazar, j’ai acheté le maillot de foot de l’équipe Galatasarail pour 15 lires turques [à l’heure où j’écris, je bois un verre de raki dans le lounge] puis toute la journée, j’ai écouté les commentaires de mes compatriotes. Les premières impressions concernent les draps de l’hôtel, la qualité de la bouffe, la brillance du sol, la propreté du trou des chiottes.
            Les conversations autour de notre sardine grillée appuient légèrement mon mal au ventre, une bulle de «qu’est-ce que je fous là?» qui pèse au fond de mes tripes. C’est pas si évident de s’emmerder sérieusement, de chercher partout les contacts et de voir les appuis glisser les uns après les autres.
            Je suis à l’avant du bateau, plein sud, plein soleil. Je me déplace pieds nus. Les guerres moments intéressants sont en somme avec le guide. Mystérieux guide. Les dialogues dérivent sur le célèbre club de foot. 99% des turcs le supportent. Issu d’une école d’élites qui possède d’ailleurs plus qu’un club de foot, les joueurs du Galata font l’unanimité dans le pays. J’ai essayé le maillot pour moi. Malheureusement, Gökhan me dit que j’ai choisi un joueur conservateur. Tant pis, je l’arborerai sans fierté à mon retour en Europe. Radiohead me lave les oreilles. Demain sera notre anniversaire et lundi était celui de notre rencontre. Où serais-je dans 3 ans? Retournée au pays ou exilée ailleurs?


Jeudi 10 novembre 2005

            I’m taking a ride with my best friend. Coulisse de la musique, le rideau se tire et je vois les beaux paysages de l’Anatolie depuis les fenêtres du bus. Nous avons franchi un autre col dans les monts Taurus. Le départ était fixé à une heure médiane de la nuit mais n’a pas pu avoir lieu à l’heure indiquée. Ce n’est pas quand on vient juste de découvrir de nouvelles cascades que l’on va passer son chemin. Surtout que l’eau était bien verte et fraîche. Un piège m’attendait au détour du bourg. Un barrage de faible envergure je dois avouer. Je me suis vautrée dedans comme un pécheur aux abords d’un lac fertile. J’ai lancé ma canne le plus loin possible. Le poisson a mordu à l’hameçon mais toujours avec cette réserve des pays orientaux en proie à la contemplation. Aux objets précieux, ils se réfèrent pour parler de vous et c’est là-même la source de leurs problèmes et de leurs souffrances. Toutefois, je me suis bien embourbée jusqu’aux genoux. Je savais pourtant que le chemin en sens inverse n’était pas infaisable. A une heure après la traversée du col, j’ai fait machine arrière sans relâcher mes cheveux car la force est dans les cheveux, c’est bien connu. Sacrées molécules de kératine. La force et l’âge des arbres m’attirent plus qu’à l’accoutumée. Chose nouvelle, sans grande conséquence sur la descente sur la plaine. La faune paisible nous regarde sans broncher. Coup de sabot, mouvement sec du cou, pivotement de la tête. Chaleur écrasante par moment mais diminuant avec l’altitude. Le chemin est tout tracé jusqu’à la piste de décollage. Le bois est noir et dense mais mille fois visité alors la peur s’est barrée bien avant que je ne la convoque. Mille fois traversée, mille fois. Un lit de feuilles humides au milieu de rien, au centre du néant. O aventures d’un soir.


Lundi 14 novembre 2005

            La ménagerie s’engueule devant les 3 télécommandes. Le combat de gladiateur a pris fin cette nuit. Je suis montée dans l’avion en titubant de fatigue, ai trouvé ma place sur 26F, un couloir, mais ai vite repéré les rangées vides à l’arrière de la cabine. Dés que l’engin a pris place en altitude j’ai pris d’assaut ces sièges pour m’engouffrer dans leur bras, mon gros sac à main en guise d’oreiller. J’ai posé ma tête et sombré dans un sommeil profond. Un sommeil qui m’appelait depuis longtemps. Des larmes ont glissé sans sanglots, sans bruit. Des larmes lentes et caressantes. Puis le noir. Dans les confins de mon nid fait d’un blouson sur la tête où je respirais mon souffle me revenait. Quand j’ai ouvert les yeux, l’hôtesse m’avait couverte d’une de ces couvertures de cabine. J’avais chaud. Je me suis remise à pleurer. A l’arrivée sur Toulouse, il pleuvait et c’était gris. Il a fallu saluer le groupe. «Bon retour, soyez prudent, contente de vous avoir connu. Adieu. Adieu à jamais». Déjà les visages s’effacent. Il ne reste que des photogrammes, des images figées. Tout à l’heure il a fallu pousser la voiture restée sans batterie, puis chercher des pinces, arrêter les bagnoles dans la rue. «Désolé c’est un diesel, pas une essence. Bon courage!». Pendant une heure, j’ai oublié. C’était reposant. En même temps j’ai compris que sorties de leur contexte, quelle que soit la fraîcheur de leur empreinte, les choses nous paraissent absurdes. C’est ce qu’on appelle avoir du recul. Quelle belle connerie ça aussi. Et voilà une douche de ridicule qui s’abat sur vous, vous mouille l’intégrité en un rien de temps. Je suis transie. De peur, de trouille, de ne pouvoir me débarrasser de cette blessure. Elle doit pourtant se refermer immédiatement. Pour l’instant mon moral peine. Il monte les marches en rampant. Je l’encourage, il est volontaire. Demain nous irons peut-être voir une pièce de Pessoa au TNT. Le couvre-feu est installé dans les banlieues après les émeutes. Comme pendant la guerre d’Algérie. Et hop! Tout le monde chez soi. Spectacle familial accablant, perspectives cassées, des murs de briques à monter. J’ai fourgué toutes les fringues dans la machine à laver. Elle a tourné pendant deux heures puis essorage complet. Maintenant les habits sèchent dans la chaleur moite et légèrement enfumée. J’aimerais me retrouver seule pour méditer cette lettre que je veux écrire. Heureusement il y a cet espoir monumental: l’adresse. Je devrais l’apprendre par cœur pour ne pas risquer d’être prise au dépourvu si j’égare le bout de carton. Des messages qui pourront être lus. Une fenêtre ouverte sur l’infini. La partie n’est pas finie. Mais je veux ne retenir à cette heure que la montée des marches. Bof! tout cela s’amoncellera dans ma mémoire pendant plusieurs jours puis les images s’en iront une à une. Je ne retiendrai que ces instants fabuleux, assise à l’avant du bus, Radiohead à l’écoute, regardant le défilé des montagnes.