jeudi 20 juin 2013

Mexique (2)


Cancun. Jusqu’ici tout va bien.

Petit moment de répit à l’hôtel Krystal, comme dans les romans de Rolin. Le ciel a été sombre toute la journée sans enlever sa moiteur et sa lourdeur à l’atmosphère. Dans la chambre, à cause de la clim je mets ma veste pour écrire tant j’ai l’impression d’être dans un frigo. J’ouvre la fenêtre pour entendre le bruit des vagues; les meubles et le sol se couvrent d’une fine pellicule de buée.
                Cancun est une sorte d’anti-lieu, un amoncellement de bijoux en toc dans une mine de charbon. Le  faux luxe des hôtels, la fausse qualité partout sauf le personnel qui se montre peu avare en salutations. Autour c’est du béton délabré, des poubelles jetées sur des tas de graviers, des arcs en ferraille qui sortent des murs des édifices abandonnés, des vitres éclatées, du verre brisé devant de grands portails dont le grillage tordu indique l’effraction. Les bâtiments poussent puis se vident avec le temps. Dans leurs voisinages, d’autres sortent de terre, tapissés d’affiches de Lady Gaga, de Madonna et d’Elvis. Des spidermans attendent les passagers qui descendent des bus de villes.
                A cause du jet lag je suis dans la rue au petit matin à la recherche d’un café. Je marche sur le terrain encore fumant de la fiesta outrancière: flaques de bière et de cocktails, éclats de vomis sous les balcons de ces bars à ciel ouvert où la veille se dégingandaient les corps alcoolisés, gobelets en plastique qui roulent sur l’asphalte.
                Cancun c’est le train fantôme, le musée des horreurs avec une petite fenêtre ouverte sur un Eden presque irréel comme il se doit: une eau turquoise léchant le sable blanc sous une clarté aveuglante. Le monde regorge de ce ces lieux pour touristes en mal de vivre. En arrivant ici on croit tout simplement atterrir dans une époque post évènement planétaire: guerre, accident nucléaire, catastrophe climatique où seule une petite communauté de nantis aurait droit à un refuge. Un reflet des civilisations passées, présentes et futures. Les réfugiés à l’aisance matérielle et en proie au vide existentiel. Les autres survivants sans rien, sans même une vie vide de sens encore que s’ils prenaient le temps de l’écrire ils la trouveraient. Quoiqu’on en dise, ne pas se préoccuper de bouffer, ça laisse du temps pour remplir des cahiers de voyage, des carnets de bord et tout le bazar.













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